Lauréat Prix Théâtre Beaumarchais / SACD 2003

« Quand les mots sont muets, les poings parlent ! »

Le titre m’arrête immédiatement et me fait sourire, je pense à la fois à Stendhal (inévitable avec ces deux couleurs là) et la fameuse « série noire ». Igor Futterer serait il un idolâtre de Jean-Patrick Manchette ? Les deux pistes à la lecture se révèlent vraies, il y a du pré-romantique dans cet anti-héros, cet Eugène, looser a quelque chose d’un Fabrice. Et en même temps, cet univers de salles de boxe n’est pas sans rappeler, dans son mélange de classicisme et d’humour, dans son écriture à la fois banale et sophistiquée, le père du néo-polar français.
Mais Futterer a lu également ses classiques, dessin du personnage, sens de la composition et goût de la formule… Contre qui lutte ce boxeur ? Héotontimorouménos, comme dirait Baudelaire, c’est d’abord contre lui-même et son comportement d’échec qu’il a à se battre. C’est aussi contre cette société qui cherche à le transformer en produit. D’ailleurs le coup de poing final, face public, contre l’invisible mais bien réel quatrième mur, et bien symbolique de ce combat perdu d’avance. Comme est, évidement symbolique, le titre rouge le sang, café la couleur de la peau.
Futterer est il de ces nouvelle voix du jeune théâtre français ? Sa rage, son sens de la composition et du style, le laisse promettre en tout cas.
L’œuvre est « au noir » pour reprendre les thermes des alchimistes et l’athanor rougeoyant, mauvais genre, provocateur, plutôt désespéré, davantage côté looser que côté gagnants, avec mélange obligé de sueur, sang, peur et révolte mais sans larmes ni pathos. Voilà bien des ingrédients qui pourraient, à terme, faire une nouvelle cuisine théâtrale. On y goûte avec plaisir, et on s’aperçoit avec joie que le souvenir reste – quelques jours après la lecture, et ce n’est pas le cas de tous les textes – de ces personnages erratiques, en quête d’un Graal innommé, perdus d’avance, tentant désespérément sans jamais se plaindre, de dominer leur vertige.

Michel Azama

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Une rose rouge pour un café noir met en scène la descente aux enfers d’un surdoué de la boxe, Eugène Djikine. Inspirée par des faits réels, la pièce d’Igor Futterer exploite avec virtuosité un domaine que l’on croyait, jusqu’alors, réservé aux seuls écrivains américains. Dans la lignée d’un Plus dure sera la chute, Budd Schulberg ou d’un Fat City, Leonard Gardner, Une rose rouge pour un café noir nous plonge dans l’univers interlope de la boxe française devenu, pour l’occasion – théâtre oblige –, scène tragique et lieu de l’accomplissement implacable de sa mécanique.

Fiche Technique : Une rose rouge pour un café noir

Photo: Jacky Macé